Un départ annoncé avec diplomatie
Le 2 août 2023, La Banque Postale a annoncé le départ de son président du directoire, Philippe Heim, après trois années passées à la tête de l’établissement.
Dans un communiqué officiel, la banque a déclaré « remercier Philippe Heim pour son engagement et son action au service de la transformation du groupe ». Une formule polie et habituelle dans le monde des affaires, souvent utilisée pour annoncer un départ décidé d’un commun accord… ou imposé en douceur.
Ce départ, qualifié de « remerciement » par plusieurs médias économiques français, s’inscrit dans une période de transition stratégique pour La Banque Postale, filiale du groupe La Poste, confrontée à de profonds changements dans le secteur bancaire.
Trois années de transformation intense
Nommé en septembre 2020, Philippe Heim, ancien cadre dirigeant de Société Générale, avait pour mission de poursuivre la transformation de La Banque Postale en un acteur bancaire complet, moderne et responsable.
Sous sa présidence, l’établissement a connu plusieurs évolutions majeures :
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Accélération de la digitalisation des services bancaires et du modèle “phygital” (banque à la fois en ligne et de proximité).
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Développement de la bancassurance, notamment avec CNP Assurances, pour renforcer l’offre en assurance-vie et en épargne.
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Positionnement sur la finance durable, avec un accent sur la “finance à impact positif”, en cohérence avec les valeurs publiques de La Poste.
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Diversification du modèle économique, pour réduire la dépendance aux services financiers traditionnels.
Ces chantiers ont profondément modernisé l’image de la Banque Postale, longtemps perçue comme une banque “publique” ou “sociale”.
Mais ils ont aussi engendré des tensions internes et des défis financiers.
Des résultats mitigés et des tensions de gouvernance

Selon plusieurs sources proches du dossier, Philippe Heim remercié le départ de Philippe Heim serait lié à des divergences de vision entre le dirigeant et le groupe La Poste.
Alors que Heim souhaitait accélérer la stratégie de croissance externe et internationale, la maison-mère semblait privilégier un modèle plus prudent, centré sur les missions de service public et la stabilité financière.
Sur le plan économique, les résultats de la Banque Postale ont été contrastés.
Malgré des progrès dans la bancassurance et la finance verte, la rentabilité globale est restée sous pression, notamment à cause de la remontée des taux et de la concurrence accrue des néobanques.
Dans ce contexte, le conseil de surveillance aurait préféré “tourner la page” pour insuffler une nouvelle dynamique à la tête du directoire.
Stéphane Dedeyan assure l’intérim
À la suite du départ de Philippe Heim, Stéphane Dedeyan, directeur général de CNP Assurances, a été désigné pour assurer l’intérim à la présidence du directoire.
Cette transition s’inscrit dans une logique de continuité, puisque CNP Assurances constitue désormais un pilier central de la stratégie du groupe La Banque Postale.
Selon le communiqué officiel, cette période d’intérim doit permettre de « définir une nouvelle gouvernance adaptée aux ambitions du groupe ».
Un nouveau président pourrait être nommé d’ici la fin de l’année, après validation par le conseil de surveillance et la Caisse des Dépôts.
Un symbole du renouvellement du secteur bancaire français
Le départ de Philippe Heim illustre également les mutations plus larges du secteur bancaire français.
Face à la digitalisation rapide, à la concurrence des fintechs et à la pression réglementaire croissante, les banques traditionnelles doivent repenser leur modèle économique.
La Banque Postale, historiquement ancrée dans un modèle de proximité et de service public, tente de se réinventer sans renier ses valeurs d’origine.
La gouvernance, dans ce contexte, devient un enjeu stratégique majeur : trouver le bon équilibre entre rentabilité, innovation et responsabilité sociale.
Un avenir à redéfinir
Le défi pour le successeur de Philippe Heim sera de maintenir le cap de la transformation tout en assurant la stabilité financière du groupe.
Les priorités devraient inclure :
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La consolidation des synergies avec CNP Assurances.
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L’accélération de la digitalisation et de l’intelligence artificielle dans les services.
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Le renforcement de la marque Banque Postale en Europe.
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La poursuite des engagements ESG (environnementaux, sociaux et de gouvernance).
Pour de nombreux observateurs, le départ de Heim n’est pas une rupture brutale mais une évolution naturelle dans la vie d’un grand groupe public.
Il marque la fin d’une étape et l’ouverture d’une nouvelle phase de gouvernance, plus collective et tournée vers la performance durable.
Conclusion
Le “remerciement” de Philippe Heim par La Banque Postale symbolise bien plus qu’un simple changement de dirigeant : c’est le reflet d’une recomposition stratégique dans un paysage bancaire en pleine mutation.
Entre ambitions de croissance, contraintes publiques et impératifs de rentabilité, la Banque Postale devra prouver qu’elle peut continuer à innover sans perdre son âme. voir plus








